Michael Fisher passait beaucoup de temps à marcher.
Le quatrième étage, puis le troisième. Autour du périmètre de l’hôpital, encore et encore – parfois jusqu’à dix fois par jour. Les journées étaient longues et il y avait peu d’endroits où aller. Pendant la pandémie de COVID, même la petite liberté que représentait l’exercice avait disparu. Michael s’est donc recentré sur lui-même. Il a pris un crayon.
Au début, il ne cherchait pas à donner un sens à ce qu’il créait. C’était simplement une façon de passer le temps. Lorsque les médicaments rendaient la lecture difficile et que Michael avait du mal à se concentrer, le dessin est venu combler ce vide. Crayon sur papier blanc. Graphite. Des lignes silencieuses prenaient forme lorsque les mots ne venaient plus. Puis, un jour, il a esquissé le portrait de George Weber. Ce n’était pas parfait, explique Michael, mais George en était ravi et cela suffisait. Le fait de créer quelque chose, n’importe quoi, donnait un point d’ancrage aux journées de Michael.
Au fil du temps, le geste de dessiner a cessé d’être un simple moyen de faire passer les heures. Pendant l’hospitalisation au Royal de Michael, plusieurs membres de sa famille sont décédés. Le deuil s’est installé aux côtés de la maladie, lourd et incontournable. Une œuvre réalisée durant cette période montre une tombe se dressant à sa rencontre, la terre incurvée sous ses pieds. La silhouette dans ce dessin est voûtée, brisée – mais on aperçoit aussi une lumière au bout du tunnel. La route se courbe pour revenir vers la maison. En regardant ce dessin aujourd’hui, Michael y voit le témoignage de l’état d’esprit dans lequel il se trouvait : blessé, oui, mais toujours en marche.
C’est ce dessin qu’il a choisi d’offrir pour contribuer à son tour.
Il a fait don de trois œuvres sur carton Bristol à l’hôpital qui a pris soin de lui : des créations réalisées dans les couloirs et les salles silencieuses, pendant des journées qui semblaient interminables. Elles seront accrochées près de la salle d’aumônerie, un lieu où les gens viennent déjà avec leurs questions, leur peine et leur espoir. La foi chrétienne de Michael a longtemps été sa force et son guide, et il espère que les personnes qui cherchent du réconfort dans cet espace verront ses œuvres exposées et se sentiront moins seules. Il souhaite qu’elles comprennent qu’en faisant des efforts constants, en étant présentes, en créant et en survivant, elles peuvent arriver progressivement à une compréhension plus profonde d’elles-mêmes. Que même ici, et peut-être surtout ici, quelque chose de significatif peut prendre forme.
Michael a également créé d’autres dessins, des œuvres soigneusement conservées dans son portfolio. Il espère en faire don, prolongeant ainsi l’histoire de ce qu’il a vécu au-delà de ces murs.
Alors que la vie de Michael tire à sa fin, il réfléchit à l’art comme héritage à laisser aux autres et comme vérité, et non pas comme un moyen d’atteindre la renommée ou la perfection. Il souhaite que l’on se souvienne que les personnes qui surmontent des difficultés ne sont pas nécessairement malveillantes. Certaines ont grandi dans des circonstances difficiles, façonnées par de mauvaises influences, courbées par des forces qui les dépassaient. Et pourtant, nous avons toujours le choix. Comme un phénix, on peut renaître – changé, blessé, mais vivant.

Son art en est la preuve. Des lignes tracées dans un couloir d’hôpital. Une lumière trouvée au bout d’un tunnel. Un don discret laissé à ceux et celles qui en auront besoin à l’avenir.
Et Michael souhaite rappeler aux personnes qui se sentent brisées ou perdues que même de petits gestes de création ou de transformation du monde autour de soi peuvent apporter un ordre rassurant au chaos – un pas à la fois.