Par le passé, la dépression était définie par ses symptômes : humeur dépressive, fatigue, ralentissement des mouvements ou de la parole, anxiété et perte d’intérêt. Mais si nous envisagions cette maladie différemment? Le Dr Georg Northoff, chercheur principal au Royal, remet en question notre manière de comprendre la dépression.
Plutôt que de se concentrer uniquement sur ce que les personnes ressentent, le Dr Northoff s’intéresse à la vitesse de fonctionnement du cerveau. « Les personnes qui ont reçu un diagnostic de dépression déclarent souvent avoir des pensées léthargiques et être incapables de modifier le contenu de leurs pensées », explique-t-il.
Ses travaux de recherche en « psychiatrie spatio-temporelle », examinent comment les rythmes et la temporalité du cerveau influencent nos émotions et notre perception du monde, et suggèrent que la dépression pourrait résulter d’un cerveau figé dans des schémas rigides et ralentis – et qu’elle pourrait bénéficier d’un travail sur la vitesse et le rythme.
Dans un cerveau en bonne santé, les états émotionnels et cognitifs fluctuent. Dans la dépression, ces fluctuations s’aplanissent. Les pensées persistent. Les émotions s’accrochent. Même les mouvements physiques peuvent ralentir.

Des listes de symptômes aux biomarqueurs
Ce changement de perspective proposé par le Dr Northoff a des implications majeures. Si la dépression est en partie liée à une perturbation des rythmes cérébraux, les traitements peuvent évoluer vers des interventions de précision.
« En apprenant des patients en temps réel, la recherche nous permet d’affiner les soins et de proposer des traitements plus ciblés, éclairés par la recherche et efficaces – en particulier pour les personnes pour qui les approches traditionnelles n’ont pas fonctionné », explique la Dre Florence Dzierszinski, présidente et cheffe de la direction de l’Institut de recherche en santé mentale du Royal. « Les travaux du Dr Northoff influencent déjà les soins offerts aux patients aujourd’hui. »
Plutôt que de s’appuyer uniquement sur des listes de symptômes, son équipe met au point des « biomarqueurs de vitesse », c’est-à-dire des mesures objectives de la manière dont le cerveau traite le temps. Ces indicateurs pourraient permettre de distinguer la dépression d’autres troubles et d’adapter les traitements en conséquence.
Cette approche offre aussi de nouvelles pistes pour mieux comprendre et accompagner les personnes vivant avec une dépression :
- reconnaître que le ralentissement ou le sentiment de « blocage » émotionnel reflète le fonctionnement du cerveau ;
- encourager des approches fondées sur le rythme, comme la musique, le mouvement ou la respiration ;
- mettre au point des thérapies personnalisées fondées sur la signature spatio-temporelle propre à chaque individu.
Études de cas : Quand le rythme change tout
La pertinence de cette approche apparaît clairement à travers des exemples concrets.
Aperçu
- La dépression pourrait être liée à une perturbation de la vitesse et du rythme du cerveau, et non seulement de l’humeur.
- Des interventions personnalisées, comme la musique ou la respiration, peuvent aider à « réaccorder » le cerveau.
- Des biomarqueurs objectifs pourraient améliorer le diagnostic et la précision des traitements.
- En donnant aux personnes malades des outils qu’elles peuvent maîtriser, nous pourrions les aider à atténuer leurs symptômes.
Client A
Une femme atteinte de dépression grave avait de grandes difficultés à se mettre en mouvement le matin. Elle écoutait de la musique techno rapide pour se stimuler, mais cela la rendait « agressive et en colère ».
En analysant la vitesse de son cerveau et sa perception du temps, l’équipe du Dr Northoff a conçu une liste de musique personnalisée, adaptée à son rythme naturel. Le résultat? Une musique qui l’active en douceur et de manière positive, l’aidant à commencer sa journée plus efficacement.
Client B
Une professionnelle très performante était atteinte d’anxiété sociale intense, notamment lors de prises de parole en public.
Grâce à des techniques de respiration personnalisées, l’équipe a identifié son rythme respiratoire optimal. Quelques minutes de pratique avant ses présentations ont permis de réduire significativement son anxiété.
Une nouvelle perspective sur la maladie mentale
L’approche du Dr Northoff nous invite à réfléchir autrement à la dépression : il ne s’agit pas d’un état émotionnel figé, mais plutôt d’un système dynamique désynchronisé.
En mettant l’accent sur le rythme, la temporalité et la personnalisation des soins, ses travaux ouvrent la voie à un avenir où le traitement des maladies mentales sera aussi précis et individualisé que celui des maladies physiques.
À propos du Royal
Le Royal est un des principaux hôpitaux canadiens de traitement, de recherche et d’éducation en maladies mentales et en toxicomanies. Il a pour mission de soutenir les personnes âgées de 16 ans et plus qui sont confrontées à des situations complexes de maladie mentale et de dépendance. Depuis son ouverture en 1910, Le Royal est devenu une ressource de confiance pour les résidents de l’Est et du Nord de l’Ontario, de l’Ouest du Québec et du Nunavut.
Fort de ses campus d’Ottawa et de Brockville et de ses équipes cliniques qui œuvrent directement dans les foyers et les communautés, Le Royal offre des soins empathiques fondés sur des données probantes, ainsi que sur des recherches de pointe, notamment dans le cadre de son partenariat avec l’Université d’Ottawa et d’autres collaborateurs universitaires et communautaires. Son modèle intégré, qui conjugue soins, recherche, éducation et partenariats stratégiques, aide à façonner un avenir de rétablissement en santé mentale.
En dissociant la personne de la maladie, Le Royal aide un nombre grandissant de personnes à reprendre leur vie en main.
Contact avec les médias
Alyssa Nader, spécialiste des communications, Le Royal, anader@theroyal.ca.