La maladie mentale arrive sans invitation, n’épargne aucun foyer, aucun conjoint, aucun parent.
Pour Lee, la vie a changé d’une manière qu’il n’aurait jamais imaginée – d’abord par une libération, puis par une perte.
Il y a dix ans, Lee a enfin pu vivre en étant réellement lui-même. Après être « sorti du placard », il a commencé à vivre pleinement, libéré du fardeau du secret, de la culpabilité et de la peur. Ce fut un tournant déterminant qui lui a permis d’être authentique dans toutes les sphères de sa vie.
« Je venais de sortir du placard, j’étais enfin capable de m’accepter et d’être pleinement Lee », se souvient-il. « La personne que j’étais alors est très différente de celle que je suis aujourd’hui. »
Ce fut une période spéciale pour Lee. Il a fait son premier voyage en solo avec ses enfants après sa séparation. Un moment à la fois empreint de peur et de fierté, et la preuve qu’un nouveau chapitre était possible.
« C’était la première fois que j’emmenais les enfants seuls en voyage », dit-il. « C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que je pouvais le faire. Que nous pouvions nous amuser, honorer le passé et tout de même nous construire une nouvelle identité. »
Deux mois plus tard, Lee a rencontré Charles-Éric, la personne qui deviendrait le grand amour de sa vie.
Le fait de laisser quelqu’un entrer dans son univers après une vie marquée par le doute et l’homophobie intériorisée a été incroyablement libérateur pour Lee.
« La première fois que je l’ai présenté à mes parents, il est sorti de la voiture d’un bond, a serré la main de mon père… et j’ai vu mon père le regarder et sourire », raconte Lee. À ce moment-là, toute une vie de honte, d’anxiété, de culpabilité – tout cela s’est évaporé. Le poids s’est envolé. »
C’était, comme il le décrit, « un magnifique cadeau ».
Les répercussions durables de la maladie mentale : quand la détresse se cache en pleine lumière
Pour Lee et Charles-Éric, les débuts de leur relation semblaient stables et porteurs d’espoir. Presque ordinaires. Avec le recul, Lee a compris que la maladie mentale et la dépendance avaient silencieusement pris racine.
Alors que Charles-Éric se préparait à ouvrir un restaurant, son stress s’est manifesté de façons que Lee ne comprenait pas entièrement. Il attribuait les changements à la fatigue et à la pression plutôt qu’à quelque chose de plus grave.
« Je pensais qu’il était juste fatigué. De mauvaise humeur. Irritable parce qu’il ouvrait son restaurant », explique Lee.
Après l’ouverture, Charles-Éric lui a confié qu’il avait un problème de dépendance. La honte, la peur et l’anxiété de porter à la fois la maladie et ce secret avaient commencé à l’envahir.
Peu après, il est entré en désintoxication.
« Je me souviens d’avoir revu la lumière dans ses yeux », raconte Lee. La personne que j’aimais était revenue. Et je me sentais tellement coupable de ne pas avoir compris à quel point sa détresse était profonde. »
Après la désintoxication, Lee et Charles-Éric ont tous deux entrepris une thérapie et cherché à obtenir un soutien. Ils ont compris que la consommation de substances de Charles-Éric était l’un des moyens qu’il utilisait pour gérer les symptômes d’une maladie mentale non diagnostiquée.
Charles-Éric a opéré une transformation complète. Il a quitté le milieu de la restauration pour travailler dans l’aménagement paysager, un travail qui lui apportait énergie, joie et liberté, loin des facteurs déclencheurs du passé. Pendant plus d’un an, l’espoir était revenu.
Ensemble, ils ont bâti une nouvelle normalité, rythmée par les rendez-vous médicaux et psychiatriques, les séances de thérapie et de longues conversations sur la façon de vivre au jour le jour.
Lorsqu’il a reçu son diagnostic, il est devenu clair que les expériences et les luttes de Charles-Éric avec la dépendance faisaient partie d’un combat beaucoup plus vaste et complexe contre la maladie mentale. « Nous avions nos routines. Les médicaments. La thérapie. Une période magnifique ensemble », raconte Lee. Je voyais le chemin devant nous. Je voyais notre avenir. Et dans mon esprit, cet avenir était toujours avec lui. »
Mais malgré un solide réseau de soutien, la maladie de Charles-Éric – et les défis qui l’accompagnaient – a persisté.

Quand le plaidoyer devient une nécessité
Charles-Éric s’est suicidé après une longue nuit passée éveillé, submergé par sa maladie.
Dans son dernier texto envoyé à Lee ce matin-là, il disait simplement : « Mon amour, je suis épuisé. »
En quelques heures, leurs projets communs, leurs voyages, les étapes de vie à venir, l’avenir qu’ils imaginaient ensemble – tout avait disparu.
Une telle perte est permanente.
« Je ne suis pas devenu porte-parole volontairement », indique Lee. Je me suis engagé de tout mon cœur parce que la personne la plus importante de ma vie méritait mieux. La stigmatisation qui est liée au suicide est encore difficile à affronter. Je sais qu’il y aurait moins de suicides s’il y avait moins de stigmatisation. »

Je sais qu'il y aurait moins de suicides s'il y avait moins de stigmatisation.
Se tourner vers l’avenir
Aujourd’hui, Lee vit avec deux vérités : il a connu un amour qui a transformé sa vie, et il porte un deuil qui a profondément redéfini son existence.
« J’ai appris l’importance d’accueillir mon deuil pour le grand amour que j’ai perdu à jamais », confie-t-il. « La perte de l’amour de ma vie est quelque chose dont je ne me remettrai jamais, et je donnerais n’importe quoi pour l’avoir encore à mes côtés. »
Lee partage son histoire dans l’espoir de mettre fin à la stigmatisation, d’améliorer l’accès à des soins qui sauvent des vies pour celles et ceux qui en ont besoin et d’offrir un meilleur soutien aux proches de personnes en difficulté.
Son témoignage existe pour que moins d’avenirs soient brisés et que moins de proches soient contraints de devenir des voix du changement après une tragédie.
Plus qu'un chiffre
Chaque vie perdue au suicide est bien plus qu’un chiffre. C’est une personne, qui avait une histoire et un avenir. L’expérience de Lee est une histoire parmi tant d’autres – une famille à jamais transformée par une perte dévastatrice. Au Royal, nous travaillons pour que moins de familles vivent une telle tragédie.
Grâce à des recherches essentielles, à des traitements fondés sur des données probantes et à une innovation continue, nous nous efforçons de prévenir ces drames avant qu’ils ne surviennent. Nos équipes font progresser la recherche sur la prévention du suicide, repèrent plus tôt les signes précurseurs et mettent au point des stratégies d’intervention précoce afin que les personnes malades obtiennent le bon soutien, au bon moment. Chaque avancée signifie moins d’histoires comme celle de Lee et davantage de vies sauvées. Nous travaillons pour que son histoire, et la vie de Charles-Éric, ne viennent pas s’ajouter à une longue et tragique liste.
Douze Canadiens se suicident chaque jour. La dépression deviendra la plus grande crise médicale mondiale d'ici 2030.
Il est crucial de mener des recherches de pointe en matière de prévention du suicide. Le Royal nous rapproche d'un avenir sans suicide. Faites un don dès aujourd'hui pour soutenir ce travail essentiel.


