
La maladie mentale peut diviser une vie en un « avant » et un « après ».
Pour Karmi, cette rupture est survenue à 17 ans, alors qu’elle se préparait à entamer un nouveau chapitre de sa vie.
« Un jour, j’étais cette version de moi-même que j’aimais vraiment », dit-elle. « Et puis, tout à coup, je me suis réveillée et j’étais devenue quelqu’un d’autre. »
Quand la maladie éteint la lumière
Karmi était en dernière année du secondaire lorsqu’elle a vécu un épisode de psychose. De l’extérieur, aucun signe avant-coureur évident n’était perceptible. Elle réussissait bien à l’école, participait à ses activités et avançait dans la vie comme elle l’avait toujours fait. Karmi a eu l’impression que c’était arrivé de nulle part.
Lorsqu’elle repense à ce qu’elle a éprouvé pendant cet épisode de psychose, le premier mot qui lui vient à l’esprit est la peur.
« On devient une personne qu’on ne veut pas être. On agit par peur. »
Cette peur a tout changé. Karmi ne pouvait plus faire confiance à ses propres pensées. Sa perception de la réalité s’était déformée et elle ne comprenait pas que les personnes autour d’elle cherchaient à l’aider. L’hôpital, qui était censé être un lieu sûr, lui paraissait effrayant et inconnu.

Avant l'obscurité
Ce qui a rendu cette expérience si douloureuse, c’est à quel point Karmi avait le sentiment d’avoir perdu une grande partie d’elle-même.
Elle estime qu’avant sa maladie, elle était une personne très performante, motivée, compatissante et déterminée.
En grandissant, Karmi passait de longues journées dehors avec sa sœur, jouait de la guitare et suivait des leçons de musique. La musique lui permettait de s’exprimer. Elle lui procurait un sentiment de connexion. Elle apportait de la lumière dans sa vie.
C’est à l’école que Karmi pouvait s’épanouir. Elle avait un groupe d’amis proches, participait à des clubs et à des activités et réussissait bien dans ses cours. Lorsque la vie à la maison devenait stressante, l’école était l’endroit où elle se sentait reconnue.
Son épisode de psychose a tout changé.

Un poids invisible
Finalement, la crise immédiate est passée. Karmi est sortie de l’hôpital et la vie autour d’elle semblait avoir suivi son cours, comme si de rien n’était.
Quand elle est retournée à l’école, Karmi a essayé de continuer comme si rien ne s’était passé. Elle a gardé cette expérience pour elle.
Cette volonté de garder le silence était en partie due à la honte.
Elle s’inquiétait de ce que les gens penseraient s’ils savaient. Elle s’inquiétait de ce que sa famille avait vécu. « Il s’est passé quelque chose d’énorme, et tout le monde a simplement continué sa vie. Et moi, j’étais là, avec cet énorme poids à porter », se souvient-elle.
Elle essayait de reconstruire sa vie tout en portant en elle une histoire qu’elle avait le sentiment de ne pas pouvoir raconter.
Faire face aux idées reçues
Commencer l’université aurait dû être synonyme d’un nouveau départ. Au lieu de cela, cette étape a apporté de nouveaux défis.
Karmi a commencé son baccalauréat en neurosciences et en santé mentale quelques mois seulement après sa sortie de l’hôpital. La transition a été difficile, mais Karmi a continué d’avancer. Chaque année devenait un peu plus facile que la précédente.
Pourtant, en étudiant dans le domaine de la santé mentale, elle entendait ses pairs parler de la psychose comme si elle n’arrivait qu’à « d’autres » personnes, et non à leurs amis, à leurs proches ou même à quelqu’un assis à côté d’eux en cours.
Elle se souvient de commentaires fondés sur des stéréotypes préjudiciables : des idées reçues selon lesquelles les personnes vivant avec une psychose seraient violentes, imprévisibles ou fondamentalement différentes.
« J’avais le sentiment que les deux choses ne pouvaient pas être vraies. Que je ne pouvais pas être Karmi, une personne compatissante, résiliente et qui a bien réussi, tout en ayant cette maladie. »
Aujourd'hui, elle voit les choses différemment.
La rencontre avec d’autres personnes ayant vécu des expériences semblables l’a aidée à remettre en question certaines des croyances qu’elle avait sur elle-même. « Je n’étais qu’une enfant », confie-t-elle. « J’avais 17 ans. »

Trouver un lieu sûr
Lorsque Karmi est arrivée au Royal pour la première fois, la confiance ne lui est pas venue facilement. « C’était très difficile pour moi de croire que les personnes autour de moi étaient là pour m’aider », se souvient-elle.
Puis elle a rencontré un médecin qu’elle n’a jamais oublié. « C’était comme une lumière pour moi », raconte Karmi. « C’était la première personne avec qui je me sentais en sécurité. »
L’expérience de Karmi souligne l’importance des soins spécialisés. Au Royal, la combinaison de l’expertise et de la connexion humaine a aidé Karmi à commencer à retrouver son chemin vers sa vie d’avant.
« Les maladies mentales graves associées à la psychose comptent parmi les expériences les plus douloureuses, les plus isolantes et les plus désorientantes auxquelles une personne et sa famille peuvent être confrontées », explique la D<sup>re</sup> Alexandra Baines, psychiatre au Royal. « Pourtant, ces maladies peuvent être traitées et il y a des raisons d’espérer. En commençant par une intervention précoce et en maintenant le suivi à chaque étape de la maladie, la prestation de soins coordonnés en équipe, comme les soins compatissants que nous nous efforçons de fournir au Royal, peut améliorer les symptômes, la qualité de vie et le fonctionnement quotidien, tout en aidant les gens à rester engagés dans leur rétablissement. »
Au-delà de la maladie
Avec le recul, Karmi voit son expérience différemment. La maladie mentale lui a appris qu’un diagnostic ne définit pas une personne. Il n’efface pas ses forces. Il ne détermine pas son avenir.
Elle croit que beaucoup de gens considèrent encore la maladie mentale comme quelque chose de lointain, quelque chose qui arrive à quelqu’un d’autre.
Cette croyance est l’une des raisons pour lesquelles Karmi soutient le Royal en faisant du bénévolat et en participant à des activités de collecte de fonds. Elle souhaite que davantage de personnes comprennent que la maladie mentale touche leur famille, leurs amis, leurs voisins et des communautés entières; et qu’avec les bons soins, il est possible de retrouver le chemin vers soi-même.
Aujourd’hui, Karmi continue d’aider les autres à voir la maladie mentale différemment : non pas comme la fin d’un avenir, mais comme un simple chapitre au sein d’une histoire beaucoup plus vaste. S’il y a une chose qu’elle espère que les autres retiennent de son parcours, c’est celle-ci : « Ce n’est pas la fin de votre histoire. »
Au Canada, une personne sur trois vivra avec une maladie mentale ou une dépendance au cours de sa vie.
Malgré la fréquence des troubles mentaux et des problèmes de dépendance, l'accès à des soins efficaces reste hors de portée pour beaucoup. La plupart souffriront en silence ou ne recevront jamais de soins adaptés. C'est inacceptable. Il est urgent d'agir.

