Des chercheurs en début de carrière obtiennent une importante subvention fédérale pour mieux comprendre les déficits cognitifs chez les personnes atteintes de schizophrénie

La schizophrénie est un trouble mental complexe qui touche environ 1 % de la population canadienne. Bien que cette maladie soit souvent associée à des hallucinations et à des pensées délirantes, les personnes atteintes de schizophrénie sont souvent confrontées à un autre défi de taille : la déficience cognitive.

Le Dr Lauri Tuominen et la Dre Synthia Guimond sont des chercheurs en début de carrière à l’Institut de recherche en santé mentale (IRSM) du Royal et les plus récents bénéficiaires d’une subvention de projet des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Sur un total de 2 130 soumissions, seules 382 subventions ont été accordées, dont seulement 82 à des chercheurs en début de carrière, ce qui en fait l’un des concours de subvention de recherche en santé les plus compétitifs au Canada.

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La Dre Synthia Guimonde et le Dr Lauri Tuominen
La Dre Synthia Guimonde et le Dr Lauri Tuominen

La subvention s'élève à plus de 620 000 $ sur cinq ans. Elle financera des recherches qui permettront de mieux comprendre le système de mémoire du cerveau, dans l’espoir de mettre au point de nouveaux traitements pour les personnes atteintes de schizophrénie qui présentent des problèmes cognitifs.

« Presque toutes les personnes atteintes de schizophrénie éprouvent des difficultés cognitives », précise la Dre Guimond. « Ils ont plus de mal à être attentifs et à mémoriser des informations, et nous ne comprenons pas tout à fait pourquoi. »

Les problèmes cognitifs sont présents dans de nombreux troubles de santé mentale. L’incapacité à se souvenir, à apprendre de nouvelles choses et à résoudre des problèmes a des répercussions de grande portée.

« C’est en fait l’une des raisons pour lesquelles les personnes atteintes de schizophrénie sont souvent au chômage, incapables de trouver un emploi ou de terminer leurs études », explique le Dr Tuominen. « Les hallucinations et les pensées délirantes peuvent souvent être traitées avec les médicaments actuels, ou les gens peuvent même apprendre à vivre avec ces symptômes, mais il est très difficile de fonctionner en société si votre cerveau ne fonctionne pas aussi bien qu’il le devrait, si vous ne pouvez pas vous souvenir des choses ou les comprendre correctement. »

Il n’existe actuellement aucun médicament pour aider les patients à améliorer leur fonctionnement cognitif.

L’équipe de recherche se penchera plus particulièrement sur le système cholinergique du cerveau, qui est un élément clé de notre système de mémoire.

« Si le système cholinergique est endommagé, comme dans la maladie d’Alzheimer, les gens ont de la difficulté à se souvenir des choses », indique le Dr Tuominen.

Une hypothèse a été formulée selon laquelle les dysfonctionnements du système cholinergique seraient à l’origine des déficits cognitifs chez les personnes atteintes de schizophrénie, mais elle n’a cependant pas encore été vérifiée.

L’équipe utilisera un appareil combiné de tomographie par émission de positrons et d’imagerie par résonance magnétique (TEP-IRM) au Centre d’imagerie cérébrale du Royal pour mesurer l’intégrité du système cholinergique et faire le lien entre ce système et les performances de mémoire qui seront évaluées au laboratoire. Il s’agit du tout premier projet de recherche financé par les IRSC qui exploitera tout le potentiel du Centre d’imagerie cérébrale du Royal.

« L’appareil de TEP-IRM nous permet de répondre à des questions tout à fait uniques », ajoute la Dre Guimond. 

Pour cette étude, l’équipe recrutera des volontaires ayant un diagnostic de schizophrénie ainsi que des personnes n’ayant pas de diagnostic de maladie mentale. Leurs symptômes cliniques seront testés, ainsi que leur fonctions cognitives.

« Nous allons examiner comment fonctionne le cerveau de ces personnes lorsqu’elles effectuent une tâche de mémoire et étudier les molécules précises qui nous intéressent dans le cerveau, afin de faire le lien entre les deux », explique la Dre Guimond.

Les chercheurs espèrent que leurs découvertes contribueront à éclairer cette question très complexe, et ainsi de mieux comprendre le cerveau et ses systèmes de mémoire, en particulier en ce qui concerne les maladies mentales graves comme la schizophrénie.

« J’espère que cette étude nous aidera à comprendre les mécanismes biologiques sous-jacents responsables des déficits de mémoire chez les personnes atteintes de schizophrénie, afin de pouvoir identifier de nouvelles cibles pharmacologiques et de mettre au point de meilleurs traitements. C’est l’objectif à long terme », déclare le Dr Tuominen.

Le Dr Tuominen et la Dre Guimond attribuent en grande partie le succès de cette subvention à leur équipe de collaborateurs à l’IRSM (Dr Clifford Cassidy, Dre Alexandra Baines, Dr David Attwood et Katie Dinelle, M.Sc.) et au Neuro, l’Institut-hôpital neurologique de Montréal (Dr Jean-Paul Soucy et Dr Gassan Massarweh), ainsi qu’au processus interne de révision par les pairs de l’IRSM.